Matthieu Mercier guide de pêche en action de pêche à la mouche guidage sur le Lot.

Contact et naturalité, le paradoxe de la nymphe au fil

La pêche à la nymphe au fil, que les Américains dénomment parfois « contact nymphing », est extrêmement simple à définir. L’action de pêche consiste à imiter, via des nymphes artificielles, la dérive d’insectes naturels et à identifier la saisie de notre mouche par le poisson grâce à un indicateur établi sur le corps de ligne.

Si la définition est simple, la mise en pratique l’est un peu moins ! Car elle implique des subtilités qui, de prime abord, ne sont pas forcément intuitives. On se posera différentes questions : Comment donner à ma nymphe en dérive un aspect naturel ? Comment garder le contact avec ma nymphe ? Mais surtout, et c’est là que le bât blesse : comment garder le contact en proposant la dérive la plus naturelle possible ?

Moins il y aura de retenue, de tension, plus l’imitation sera libre de sa descente et de sa dérive. Elle suivra naturellement les veines et sera soumise aux micro-perturbations du fond. En d’autres mots, le courant l’animera, et notre nymphe aura toute l’apparence d’une larve naturelle. Ainsi, des avantages de pousser le curseur de la naturalité : la nymphe suivra le même « itinéraire » naturel que les insectes brinqueballés dans le courant, et elle ne mettra pas en alerte un poisson en place. Mais si le curseur est poussé à fond vers la naturalité, le contact est absent ! Lorsque le poisson saisira, puis recrachera la nymphe après avoir réalisé que ce n’était pas comestible, vous n’aurez rien vu. Pas l’ombre d’une caudale ou d’une touche.

À l’inverse, si votre contact est poussé au maximum, la dérive de votre imitation est bridée. Elle ne descendra pas, ou en tout cas moins, et de façon moins naturelle. Elle sera tirée, « draguée », au sein des veines de manière absolument anormale. Il y a donc, par le bridage, le risque qu’elle ne descende pas à la profondeur souhaitée, qu’elle ne suive pas la veine catalysant normalement les insectes (en ce sens, elle passera à côté du poste privilégié par la truite), et enfin, sa rigidité risque de déplaire aux poissons, qui ne s’en saisiront pas ! Autant d’arguments en défaveur d’un contact trop marqué. Je ne dis pas que cela ne fonctionnera pas du tout, il y aura des touches (souvent ressenties physiquement), et on pourra prendre quelques poissons, et certainement davantage qu’avec une dérive totalement lâche. Mais on manquera beaucoup de poissons, soit du fait d’avoir empêché la descente, perturbé l’immersion et le suivi de la veine, soit du fait d’avoir mis en alerte le poisson.

Le juste milieu sera donc d’allier contact optimum et naturalité de la dérive. On déplacera donc le curseur sur cet axe contact/naturalité. On jouera donc avec plusieurs facteurs que sont le lestage, la vitesse et l’angle de la dérive, le type de nymphe, mais aussi le fait de recourir à une ou à deux nymphes. Autant de facteurs que je détaille dans la formation en ligne.

Nous avons vu dans le mail précédent l’importance d’arbitrer entre naturalité et nécessité de contact.

Dans certains cas, il faudra déplacer le curseur vers le côté contact. Par exemple, lorsque l’on pêche des trous d’eau profonds (supérieurs à 1,50 m) des courants très puissants, car les perturbations dans la colonne d’eau amoindrissent la connexion avec la ou les nymphes. Également, si les poissons sont très actifs dans les radiers, ils se saisiront de la nymphe dès le point d’impact. Il faudra donc garder un contact étroit durant la phase d’immersion afin de ne pas manquer ces touches quasi-immédiates. Dans les poches d’eau, où la longueur potentielle de dérive est très restreinte, il faudra également veiller à maintenir le contact.

D’autres situations imposeront, à contrario, de pousser le curseur vers la naturalité, donc au détriment du contact : rivières très pêchées aux poissons difficiles et éduqués, basses eaux, recherche de poisson en sous-berge, etc. On aura donc recours, dans cette recherche de naturalité, à des nymphes de poids moindre (on pêchera léger), et on tentera de limiter au maximum le soutien ou la traction de sa dérive. La bannière émergée sera donc maintenue en limite de tension.

Il convient également de préciser que dans une même dérive, le curseur se baladera de lui-même entre contact et naturalité. Par exemple, il est souvent plus difficile d’être très en contact lors de la phase 1, dite d’immersion. Ensuite, le contact sera plus marqué sur la phase de dérive profonde (il faudra donc jouer sur le lestage pour que celle-ci ne soit pas trop en contact). Même en phase de dérive profonde, le contact pourra être annihilé par la présence de rappels, ou tout simplement par la profondeur importante du trou d’eau sondé. De petites astuces permettront de recouvrer le contact dans ces derniers cas : on marquera de légères animations (en récupérant très doucement quelques centimètres de fil via la main libre, attention, la récupération est très légère !). Ces petites « reprises de tension » et relâchements déclencheront souvent l’attaque et, au minimum, permettront de « garder le contact ». Au passage, j’ai consacré un module complet au rôle de la main libre dans la formation. Enfin, en fin de dérive, en phase E, d’émergence, le contact est de nouveau particulièrement marqué.

La potence intervient également dans cette notion de contact. La nymphe de potence constitue souvent un renvoi de contact intéressant qui facilite la lecture des touches. Cependant, elle peut aussi nous induire en erreur et créer un biais. En effet, il arrive que la nymphe de potence soit plus vite en contact (en tension) que la nymphe de pointe. Aussi pensons-nous que notre montage est en contact, alors que seule la potence l’est, tandis que l’extrême pointe est encore « molle », ou, disons, dans sa phase d’immersion. Et nous manquons des touches sur cette phase, pensant être déjà en tension.

On n’oubliera pas que l’indicateur ne sert pas uniquement à identifier les touches, mais qu’il joue un rôle prépondérant dans la détermination de la qualité de nos dérives (leur naturalité), suivant que celui-ci est complètement tendu ou bien effondré.

La détection des touches sera tantôt physique, si l’on favorise le contact maximum, tantôt visuelle si l’on déplace légèrement le curseur vers la « naturalité » et maintient la bannière en limite de tension. Les touches physiques seront plus faciles à sentir, elles s’imprimeront physiquement dans la canne et nous seront retransmises par des tapes plus ou moins marquées. Les touches visuelles demanderont en revanche de développer attention, concentration et sensibilité fine aux très légères variations dans la dérive. On retrouve ici l’héritage visuel et subtil de la pêche à la mouche ! En favorisant ces détections fines, vous pourrez prendre jusqu’à 40 % de poissons en plus, au minimum, et sans doute bien davantage, car vos dérives seront plus séduisantes, car plus naturelles.

Tous ces éléments sont abordés en détail dans la partie « maîtriser » de la formation en ligne.

Je vous souhaite de fabuleux moments au bord de l’eau, entre contact et naturalité 😉 !

A bientôt !

Matthieu

Accès à la formation : https://nympheaufil.livre-guide.fr/formation


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